mercredi 18 septembre 2013

Le renouveau du despotisme, l'autre NEW DEAL

Après la tempête des années d'espoir, voici venu le temps de la douche froide pour beaucoup de nations. Le retour, le ''come back'' en force du pouvoir.
La situation, dans ces pays, n'est pas enviée par les autres nations dont le progrès a marqué de son emprunte le siècle précédent. Comment en sont-elles arrivées là? En fait, où sont-elles arrivés concrètement? Leurs peuples sont-ils bluffés?

Il existe une sorte de constante au niveau des régimes despotiques qui veut que la population doive toujours remercier le régime de lui restituer un petit morceau d'un grand pain, qui lui a été dérobé sous ses yeux. Après tout, le régime assure un peu de prospérité, un peu de sécurité, un peu de croissance, un peu de charité...c'est déjà mieux qu'ailleurs. Parce qu'il y a toujours un ailleurs, mais l'ailleurs à voir n'est pas forcément l'ailleurs observé. Il faut effrayer pour mieux calmer. Seulement, cette sécurité, ce progrès relatif, est-il voulu par le régime, ou subi par le peuple? Gageons que dans ces pays, c'est plutôt un dommage collatéral.



Quand on observe des pays aussi sécuritaire que ceux-là, ce qui est recherché par le régime en place ce n'est pas la sécurité du peuple. L'indicateur le plus flagrant est la répartition géographique de la concentration policière. Plus on se rapproche de la capitale, l'épicentre du régime, plus la concentration est forte, ce qui laisse donc présager a fortiori plus de sécurité. A rebours, plus on s'éloigne, plus on est dans une sorte de No man's land. C'est le vide, un vide criant, qui laisse les bandits s'organiser comme bon leur semble. Or dans un pays équilibré, tout devrait laisser supposer une répartition des forces de sécurité proportionnelle et relative à la criminalité selon les régions, et non relative à la présence et au déplacements du régime...La sécurité du régime passe donc en partie par une certaine sécurité publique...celle-là même dont bénéficie le peuple bien qu'elle ne lui soit pas destinée. Sinon, pourquoi les budgets de défense chez eux dépassent souvent les budget de l'agriculture et la santé réunis?

Prenons la croissance. Dans ces pays, ce sont toujours les meilleures affaires qui sont détenues par les proches du régime. Il est révolu le temps où l'on finançait les dépenses des despotes par les taxes. Voyez-vous, avec la diffusion de l'information, c'est devenu peu accepté, c'est compliqué, et c'est surtout démodé. A contrario, il faut puiser le moins possible dans le budget de l'Etat, mais surtout développer un réseau de loyaux hommes d'affaires proches du régime, des entreprises et holdings écran qui servent directement les intérêts du régime. C'est après quelques décennies que l'on se rend compte que le régime est généralement le premier industriel, le premier opérateur touristique, le premier agriculteur, le premier banquier, le premier assureur...et donc le premier investisseur et donc le premier espoir du pays. Le NEW DEAL économique est donc le suivant: le régime est le premier employeur du pays, gloire au régime, sinon la situation se compliquera. D'où vient la croissance alors? Elle est tout simplement tirée par les ''champions nationaux'' que dis-je, les champions loyaux, des joyaux dont il est impossible de se séparer tant on s'en est accommodé  La croissance est donc également, à l'instar de la sécurité, un bénéfice (ou dommage) collatéral qui se déverse sur le peuple.

Le NEW DEAL politique est, quant à lui, une recette ancienne en ces pays. En témoignent les dissolutions des premiers partis dans les pays où la révolte s'est ancrée. Le deal est de laisser le pays aller vers plus de ''démocratie'', de liberté...mais à la marge, le régime développe une panoplie de partis, journaux et personnages publics loyaux, dont les services sont, indirectement et par des canaux obscurs, assurés. Ils ont pour principal rôle d'effectuer de la pollution politico-médiatique, de brouiller le paysage, et donc de laisser le citoyen perplexe au niveau de son jugement. Qui dois-je croire? A l'instar des USA, où le système est carrément bien plus complexe vu l'état avancé du pays, la SAIC (la société nationale des renseignements), véritable CIA de l'ombre, on dispose d'une équipe ''rouge'' et d'une équipe ''bleue'', c'est à dire d'une batterie de représentants qui servent nos intérêts, dans les deux camps, que l'on peut pousser en fonction de la victoire de tel ou tel camp, afin de maintenir nos intérêts intacts. Disons que dans ces pays, c'est en train de virer vers ce modèle de l'action de l'ombre, des deals assez obscurs...et laissant le peuple s'imaginer qu'une rivalité réelle et idéologique existe entre ces partis factices.


C'est au niveau idéologique que les problèmes se posent en certaines circonstances. Le régime sait que les concessions au niveau de l'éducation, la presse, l'expression, la justice...peuvent s'avérer fatales. Alors on fait un pas en avant et deux pas en arrière. On se demande alors, en tant que marocain moyen, sans trouver de réponse: ''Comment mon pays, qui progresse de manière indéniable, ça se voit, régresse au niveau des classements mondiaux, notamment IDH, éducation...?!!''. Ces gens de l'ONU et des organismes internationaux n'ont vraiment rien compris, ils ont une dent contre mon pays. Non cher citoyen, détrompe toi, ce n'est pas parce que tu as quelques ponts en plus, quelques décorations en plus, quelques analphabètes en moins, que ton pays progresse...''comment?!'', et ''Pourquoi?!''. Tout simplement parce qu'au niveau relatif, les autres pays font mieux, ils vont plus vite. Tiens, pour comprendre prend une métaphore automobile, toi qui aime tellement l'automobile: Si tu avances à 100 sur l'autoroute, et qu'un autre passe à 120, après 1 heure, tu aura certes avancé, mais par rapport à l'autre, tu es de plus en plus loin, derrière...tout simplement. Par rapport aux autres nations, ces pays reculent. Alors il y a encore ceux qui défendent bec et ongles le fait que les régimes ont certes fait avancé leur peuple...ils semblent aveuglés, achetés, ou bien il leur manque la vision globale...qui n'est en général pas véhiculée par les TV et la presse locale, évidemment, ce serait malsain, voyons. Ainsi, si tu continues à faire 2% de croissance, alors que la moyenne mondiale est de 4, tu régresses...oui. Maintenant, pour la bonne marche des affaires du régime, il faut bien une justice puissante, mais pas trop indépendante non plus, ça compliquerais la tâche. Donc la justice aussi, fait mine d'avancer, un peu, doucement...mais pas toujours dans la bonne direction.



Enfin, le NEW DEAL socio-religieux c'est la capacité du régime à se montrer attentionné, à visiter quelques malades par an (avec caméra), à nourrir quelques pauvres (et en parler à la presse) en certaines occasions et enfin à faire de la distribution de denrées en façade. Il faut se montrer proche du peuple. Il faut aussi se montrer proche des religieux officiels (qu'il a lui-même mis en place), et en même temps instrumentaliser le fait religieux pour qu'il n'échappe pas trop au contrôle et à sa fonction dans ces pays: être un opium. Ses vraies fonctions, la clairvoyance, la transparence et la dignité, doivent êtres mises de coté. C'est donc une manière de signifier que le régime est proche du peuple, socialement et religieusement, de faire de la propagande 2.0, mais sans réelle intention de changement. Une volonté de garder d'une manière ou d'une autre, cette ''armée de réserve'' qu'à si bien décrite Marx, pour ne pas faire oublier au peuple qu'il doit sans cesse penser ''Attention, il y a pire ailleurs'', et que sans le régime, c'est le déluge.

C'est ainsi qu'on réussit à faire troquer des droits fondamentaux que sont la dignité, l'équité, la réciprocité, la transparence, le respect... contre une illusion de paix sociale, de sécurité et de prospérité dans ces pays. Un NEW DEAL qui favorise le sous-développement, contrairement à l'ancienne version.


قال إبن خلدون: ليس للسلطان أن يتاجر، فإن تاجر غلب مصالحه على مصالح سائر العباد

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